mardi, mars 30, 2021

Ma démarche créative en photographie d'art urbain

Greg CLOUZEAU
Vous connaissez ma passion pour la photographie de rue et le street art. Chaque jeudi, je publie sur mes réseaux mes dernières créations qui mêlent ces deux passions. Sans pratiquer vous-même le street art, vous pouvez facilement faire de la photographie des œuvres de street art, mais connaissez-vous la différence en l'art et la photographie d'art ? Bref, je vais profiter de la publication d’une nouvelle série à mi-chemin entre l’art de rue ou l’art contemporain pour revenir un peu plus longuement sur ma démarche artistique et photographique dans ce domaine De la définition du Street Art à l’intention artistique, en passant par un peu de droit, je vous livre mes réflexions sur cette pratique enrichissante… culturellement parlant.

Série noire 1, mix graph et décollage d'affiches sur panneaux bois.
Série noire 1, mix graph et décollage d'affiches sur panneaux bois.



La notion de Street Art fait référence à toutes sortes d’œuvres graphiques que l’on peut apercevoir dans les rues de nos villes. La nature même de ces œuvres est extrêmement variée : tags et graffitis, pochoirs de peinture, collages, stickers sculptures et mosaïques, etc. Vous connaissez d’ailleurs très certainement quelques artistes de street art célèbre comme Banksy, Miss Tic, Jo Dibona ou encore les français JR et Philippe Echaroux ( projections vidéos). En matière de photographie la question est : la photographie de ces œuvres est-elle aussi un art ? (Certains, y compris au ministère de la culture, pensent d’ailleurs que la photographie n’est pas -ou plus- un art). 

Prendre une « bonne photo », c’est à la portée de chacun d’entre nous. Un simple smartphone suffira pour garder des souvenirs ou partager un instant… Du coup, la capture d’image est devenue simplement fonctionnelle et y a perdu au passage beaucoup de sa valeur artistique. Les artistes photographes ont heureusement conservé cette quête de l’esthétique, quitte à abandonner l’aspect figuratif au profit d’images fortement artificialisées. Regarder les images d’un artiste, c’est voir à travers lui. Les photographes capturent des morceaux d’une réalité qu’ils tentent de magnifier. Leur créativité reflète les fragments de personnalité qu’ils mettent dans leurs tableaux. D’ailleurs, le travail d’un artiste est souvent reconnaissable parmi des centaines d’autres. L’artiste a sa technique, son style, son univers… Cette « patte » de l’artiste se retrouve aussi bien en peinture qu’en photographie et elle nait de ses choix. Point de vue, traitement de la lumière, des couleurs, de la netteté… bref, réglages de l’appareil et post-traitement de l’image deviennent ses outils de création ! Le photographe d’art tient littéralement entre ses mains le pouvoir de transformer la réalité ! Et certains ne se privent pas de fabriquer de toutes pièces une nouvelle réalité dans de fantastiques montages numériques. D’autres n’en conserveront que quelques fragments. Bref, dès lors qu’elle ne se limite pas à reproduire fidèlement un moment, la photographie constitue à mon sens un véritable art graphique.

Série noire 2, mix graph et décollage d'affiche sur panneau bois.
Série noire n°2


Série noire n°3


Série noire n°4



Du coup, la photographie d’œuvres de street art, (et j’y inclus toutes les œuvres composées à partir du street art mais aussi de techniques comme le light painting par exemple) pour peu que le photographe ait une démarche autre que celle d’immortaliser un bout de mur peint donne aussi naissance à une œuvre d’art !

Ma démarche artistique


Dans le cadre de mon challenge photo quotidien, je croise très souvent des œuvres de street art. Mais, de la même manière que je ne partage jamais une affiche publicitaire sans la mettre en scène dans ma création photographique, j’utilise ces œuvres pour créer mes propres tableaux. Pour moi, l’intérêt de la street art photographie ne doit pas se limiter à une simple photo souvenir. Votre image doit raconter une histoire, s’intégrer dans une situation. Ce n’est pas parce que vous vous éloignez du sujet qu’il perd de son intérêt, bien au contraire. On peut jouez avec les éléments et donnez vie à une image de street art en y intégrant des objets ou des passants.  Ce n’est d’ailleurs pas toujours facile, loin de là. Et dans ma quête quotidienne avoir par hasard le bon passant au bon moment avec la bonne lumière, reste un vrai challenge. Le seul avantage, normalement, c'est que l'affiche ou le tag ne bougera pas. Enfin, c'est ce que je croyais au début. Mais en réalité, il peut être très éphémère. Je ne compte plus le nombre d'affiches que j'ai vu disparaître en moins de 8 heures !

En effet, vous le savez, je photographie énormément d’affiches publicitaires sauvages en décomposition. Et, j’avoue, je n’hésite pas à en déchirer quelques morceaux au passage. Quand une affiche commence à se déchirer, se décoller, etc. , elle peut très rapidement être recouverte. Il y a des matins, où je vois au loin un affichage qui potentiellement peut être intéressant mais qui le soir venu, à mon retour, a déjà été recouvert par d’autres affiches… C’est essentiellement ces (dé)collages ou #collageart qui constituent la base de mes œuvres de street art. 

L’idée au départ de ma démarche dans ce projet 365 est toujours la même. Mettre en évidence ou donner à voir de belles choses que l’on ne prend même pas le temps de voir. Ces tâches de rouille sur les poteaux de la gare par exemple n’ont rien à envier à certaines œuvres d’art brut. Et que penser de ces panneaux de bois occluant la vitrine d'un magasin en travaux, que j'ai photographié pendant deux ans, à chaque étape de leur recouvrement par des tags, graffitis et autres d'affiches publicitaires sauvages jusqu'à leurs nettoyages successifs ? Ne constituent-ils pas de véritables tableaux d'art moderne ? Je veux le croire. Ils constituent ma "série noire" présentée ici.

Dans les séries que je publie sur mon site ou sur les réseaux, je m’efforce de distinguer deux types de photographies. Les photographies d’illustration qui constituent un reportage sur mes pérégrinations dans la ville et où je peux reproduire des œuvres de street art en essayant de mentionner leur auteur. Pour celles-ci, je ne cherche pas à épater la galerie en exploitant les œuvres d’autres artistes et, même si mon point de vue photographique peut être artistique, il ne cherche pas à ajouter de l’art sur l’art. Bien sûr, je sais que dans ce cas, les commentaires sur Facebook ou Instagram, du type "Superbe !" "Magnifique !" ou quelquefois "Génial !" ne concernent pas mes images mais les œuvres qui y sont représentées.  Ces publications ne visent qu'à faire connaître les artistes et leurs travaux.

Pour mes autres images, il s’agit de créations originales. Elles utilisent certes parfois des œuvres existantes mais profondément revisitées. Je recycle, j’upcyle, j'upgrade…bref, je suis dans l’air du temps en faisant de l’art contemporain à partir d’éléments abandonnés. Je fais du développement (personnel) durable avec de l’éphémère. Là, oui, je fais de l'art avec l'art. Mais surtout, je vois aussi des œuvres d’art urbain, là où il n’y avait de volonté artistique au départ ! Car oui, comme Monsieur Jourdain, vous faisiez de l’art, par hasard, sans que vous n’en sussiez rien, simplement parce que ces affiches que vous avez taguées et décollées, éphémères publicités, sont devenues la matière première de mes créations. C'est le cas de la série présentée ici.
Série noire n°5


Série noire n°6


Série noire  n°7


Série noire n°8


Série noire n°9


Série noire n°10


Série noire n°11


Série noire n°12


Série noire n°13



Bref, je me livre toujours à un important travail de post-traitement (qui me prend beaucoup plus de temps que la prise de vue elle-même). Ce travail est indispensable, non seulement pour mettre en valeur et redonner tout son éclat à l’œuvre originale mais aussi pour y apporter ma propre patte artistique. 

Juridiquement, c’est d’ailleurs une étape indispensable pour revendiquer la propriété intellectuelle d’une œuvre qui sera considérée comme originale et non comme une simple reproduction. Commercialement, j’exploite aussi parfois certaines collab’ un terme à la mode sur les réseaux qui fait référence à une double paternité d’une œuvre dont une partie est réalisée par un autre artiste.

Si le graffiti est un art de l’éphémère, la photographie, elle, inscrit l’œuvre dans la durée. 

En dehors d’une poignée d’artistes renommés qui parvient à négocier des emplacements tels que les façades d’un immeuble ou la devanture d’un magasin contre rémunération, dans leur grande majorité, les artistes de street art affichent directement sur les murs leur message au public. Et dans le public, il y a des photographes qui n’hésitent pas à tirer profit de la vente de leurs images de graffitis. 

Diffuser ce type de clichés pose donc une question d’ordre morale. Ai-je le droit de tirer un bénéfice d’une œuvre d’un autre artiste qui plus est sans son autorisation ? Je vous laisse le soin d’apporter d’y réfléchir mais je peux déjà vous rappeler que le droit de la propriété intellectuelle stipule que "L’auteur jouit du droit exclusif d’autoriser ou d’interdire la reproduction de son œuvre." Et, là, un tag, un graffiti ou un pochoir, c’est incontestablement une œuvre. Qu’elle soit belle ou non ! D’ailleurs, elle est souvent signée cette création. 

Donc, il est contraire à la loi de vendre une reproduction photographique de cette œuvre sans en demander l’autorisation à son auteur. Le problème, c’est que bien évidemment ces œuvres souvent magnifiques ont été réalisées illégalement et constituent une dégradation avérée du bien sur lesquelles elles reposent. En effet, l’affichage sauvage, les tags et graffitis sont des pratiques généralement interdites. Si, les artistes transgressent avec gourmandise les lois pour afficher leur travail, ils n’apprécient pas forcément que d’autres l’exploitent ! Vous pouvez légitimement penser qu’un artiste ne voudra pas vous attaquer devant des tribunaux s’il risque lui-même une grosse amende mais c’est risqué et surtout, pas très fair play... Alors, oui, contacter l’artiste qui se cache sous un pseudo, n’est pas forcément une chose aisée. Bah, voui, quand on fait de l’affichage sauvage, on laisse rarement ses coordonnées téléphoniques au bas de l’œuvre ! Mais, bon, en farfouillant un peu sur les réseaux sociaux avec les # et signatures, on finit souvent par trouver.

Série noire n°14, mix graph et décollage d'affiches sur panneaux bois.
Série noire n°14, mix graph et décollage d'affiches sur panneaux bois.



Bref, un auteur reste un auteur, même s’il n’est pas facilement reconnaissable. Et le fait que l’œuvre soit publiquement et gratuitement exposée ne change rien à l’affaire. Il est donc strictement interdit de vendre une photographie de graffiti ou de la reproduire dans un livre commercial sans autorisation de l’auteur. Idem si on utilise des graffitis comme décor d’un tournage de vidéo ou d’un shooting de mode.
Et n’allez pas non plus faire des photographies des toiles des peintres et graffeurs qui qui exposent dans une galerie ou un musée. Normal, un photographe pourrait en réaliser de grands tirages du plus bel effet dans le salon d’un de ses clients, ce qui serait naturellement un manque à gagner pour l’artiste. Par exemple, MISS TIC n’autorise pas qu’on photographie ses œuvres plein cadre. Il est aussi important, quand vous photographiez un graffeur à l’œuvre de bien lui préciser ce que vous allez faire de l’image. Enfin, depuis quelques années, certains font le commercent d’œuvres d’artistes célèbres quitte à découper un pan de mur au marteau piqueur !

mardi, mars 02, 2021

My Tribute to Serge Gainsbourg

Greg CLOUZEAU
Serge sous le regard de Jane Copyright Greg Clouzeau
Serge sous le regard de Jane
F*** ! Trente ans déjà qu'il est parti. En effet, le 2 mars 1991, Serge Gainsbourg nous quittait à l'âge de 62 ans. Si Serge est célèbre pour sa carrière d'auteur, compositeur, interprète et ses multiples provocations et autres dérapages télévisuels, saviez-vous qu'il aspirait plutôt à devenir un peintre reconnu ? A l'heure où les expositions hommages se multiplient, je voulais revenir un peu sur cet aspect souvent négligé de sa vie. 

L'occasion de vous (re)présenter quelques unes de mes créations de #streetart dédiées à Serge. Celles-ci sont composées à partir des tags, collages et affiches photographiées sur le mur de sa maison puis assemblées numériquement. Elles sont disponibles en tirage d'art limité à 30 exemplaires selon les conditions habituelles.

Le renoncement du peintre 

Dès l’âge de treize ans, le jeune Lucien Ginsburg, intègre l’Académie de peinture de Montmartre où il brille assez rapidement. Il est même jugé doué par ses professeurs, tel que l’artiste cubiste André Lhote ou Fernand Léger. Le futur Serge se consacre essentiellement aux natures mortes et scènes de la vie quotidienne. La première épouse de Gainsbourg, Élisabeth Lévitzky, qu'il avait rencontré à l'école en mars 1947 disait de lui que : « c’était un dieu. Il était aimé, redouté, c’était le préféré de tous les professeurs et modèles. » Il complète son apprentissage en examinant longuement les toiles des maîtres exposées au Musée du Louvre. Il y recherche les solutions à ses propres problèmes de création picturale. Il s'essaye aussi à l’Académie des Beaux-Arts en architecture pendant un an. 

Lucien Ginsburg est un éclectique et ses inspirations picturales sont multiples. Il affectionne les postimpressionnistes et surtout le peintre Pierre Bonnard du mouvement nabi. Une influence que l'on retrouve dans certaines de ses peintures comme son  autoportrait en buste sur papier daté d'avant son service militaire. La position de trois quarts ressemble aux autoportraits de Pierre Bonnard mais les couleurs et les touches font penser à L’Autoportrait de Henri Matisse (1906). 

Mais il ne reste que très peu de toiles signées Lucien Ginsburg et celles-ci restent cachées au regard du public. En effet, lorsqu'il renonce à sa passion en 1958 il brûle la plupart de ses créations. La raison de cet abandon ? Un profond manque de confiance en lui et en son travail. Ambitieux, Serge souhaitait atteindre la renommée d'un Gustave Courbet mais il sent bien que cela ne vient pas. Certains de ses camarades de l’académie disent d'ailleurs qu'il manquait d’originalité, trop emprisonné dans une volonté de faire aussi bien que les peintres qu’il admirait. Serge avait si peur de ne pas réussir qu'il a renoncé à une exposition dans la galerie de Pierre Loeb à Paris. Selon Élisabeth Lévitzky, « Lulu a décommandé parce qu’il a eu peur. Il s’est totalement effondré de peur. » La seconde raison est sans doute lié au fait qu'il déteste l’art abstrait très en vogue à cette époque et c'est d'ailleurs en sortant d’une prestation et d’une vente aux enchères d’une œuvre d’Yves Klein qu'il abandonne définitivement ses ambitions d'artiste peintre à l’âge de trente ans. 

De Ginsburg à Gainsbard
De Ginsburg à Gainsbard
Couleur


Sous le regard de Serge
Sous le regard de Serge
Couleur


Serge le photographe
Serge le photographe
Couleur


Outre la peinture, Serge était aussi, un excellent photographe et l'on se souviendra des clichés de lui ou Jane portant leur gros Nikon F avec batterie. Outre ses chansons, il rédige un conte parabolique intitulé Evguénie Sokolov. Un conte qui le met en scène dans ses études artistiques puis en peintre contestataire et iconique, devenant célèbre malgré sa différence singulière avec le monde qui l’entoure. 

Collectionneur d’art averti, Serge Gainsbourg se retranche rue de Verneuil, qu’il transforme en véritable musée présentant une large collection d’objets de toutes provenances. On y trouve la célèbre statue L’Homme à tête de chou de Claude Lalanne, une multitude d’enseignes de police et des dessins de maîtres (notamment La Chasse aux papillons de Salvador Dalí) ou les  Mauvaises nouvelles des étoiles du peintre Paul Klee. Des œuvres dont les titres ont inspiré ses albums. 

Cette maison, confiait Jane Birkin en interview, lui apporte une rigueur esthétique qui contrebalançait ses états d’âme. Serge Gainsbourg y place tout selon ses propres règles, chaque objet trouve sa place (selon les couleurs et les objets environnants) et ne doit plus en bouger ce dont sa première épouse témoigne : « Il vivait à l’intérieur d’un lacis de renvoie de quelque chose à l’autre. Si quelqu’un déplaçait un objet, ça le rendait malade. » 

Bref, Serge était un artiste accompli et névrosé.  Les artistes d'aujourd'hui lui rendent hommage à travers diverses expositions que je vous invite à aller voir. Vous y retrouver plusieurs de mes amis du streetart comme Jo Di Bona dont j'avais publié quelques œuvres l'an dernier ou Carole B avec qui j'ai eu la chance d'exposer à Photo Bleau.

Serge sous le regard de Jane
noir et blanc


Sous le regard de Serge
Noir et blanc


De Ginsburg à Gainsbard nb
De Ginsburg à Gainsbard
noir et blanc


2 expositions à voir d'urgence à Paris :

1° L'exposition "Gainsbourg, et caetera..." est à découvrir, les samedis et dimanches, du 27 février au 30 avril 2021 au Marché Dauphine des Puces de Saint-Ouen à la galerie One Toutou (à retrouver au stand 122). Et c'est gratuit ! Plus d'une trentaine d'artistes pratiquant diverses disciplines (peinture, pochoir, illustration, dessin, photographie...), célébrent la mémoire de Serge Gainsbourg. Le photographe Pierre Terrasson, qui a immortalisé la scène rock pendant les années 80, partage des clichés de Serge certains mythiques, d'autres plus personnels. Des photos réinterprétées par YARPS en version street art. 

2 ° Gainsbourg Toujours, l'exposition photographique de la Galerie Hegoa  au 16, rue de Beaune 75007 PARIS du 27 février au 15 mai 2021 les mardi, mercredi, jeudi, vendredi, samedi de 11h à 17h30
C’est dans ce quartier du 7ème arrondissement où il vécut pendant 22 ans, notamment avec Jane Birkin que la galerie HEGOA rend hommage à son illustre voisin au travers d'images incontournables de 15 photographes et 1 dessinatrice.