lundi, septembre 16, 2019

[NATURE] Les mystérieuses eaux du Lac Pavin

Greg CLOUZEAU
Les lacs sont très souvent associés à des légendes locales dont l'origine se perd dans la nuit des temps. L'Auvergne avec ses volcans, forêts sombres, lacs et autres grottes n'échappe bien évidement pas à la règle. Il faut dire que les nombreux lacs et sources minérales aux vertus légendaires, ont de quoi susciter des interrogations. Il serait donc facile de faire un jeu de mots vaseux à propos des mystérieuses eaux vergnates mais ce serait oublier que les légendes ont bien souvent un fondement réel ! Profitant d'une visite estivale au plus profond des lacs d'Auvergne, j'ai rapporté quelques images de cette curiosité géologique et scientifique. 

Le Lac Pavin se cache dans une magnifique hêtraie et en faire le tour ne vous prendra qu'une petite heure durant laquelle, à aucun moment, il n'est possible d'en apprécier totalement la forme circulaire ou d'en approcher l'eau, les berges étant très escarpées et dangereuses. Mais quand le ciel se dégage et que le vent ride sa surface de petites vagues d'argent, le lac Pavin est d'une beauté fascinante. Pourtant, ces eaux  émeraudes ont justifié bien des légendes et abritent de réels mystères scientifiques.
Le lac Pavin, Auvergne, France 2019

Le lac Pavin, Auvergne, France 2019

Le lac Pavin, Auvergne, France 2019








Situé à presque 1200 m d'altitude, le lac s’est formé par phréatomagmatisme, autrement dit il s'agit d'un cratère circulaire de volcan ou maar. Mais c'est surtout sa profondeur de 92 m qui retiendra l'attention des scientifiques. Contrairement à ses voisins du Sancy, il est d'origine très récente (environ 6 900 ans). Si les eaux sont d'un superbe vert émeraude par beau temps, elles virent au noir terrifiant et insondable par mauvais temps. On raconte à ce propos qu'il ne faut pas y jeter de pierre comme l'écrit le cosmographe François de Belleforest au XVIe siècle qui dépeint un lac capable de déclencher « tonnerres, éclairs, pluie et grêle » si on jette une pierre dedans.

D'ailleurs, même son nom devrait nous faire frissonner. Il viendrait du latin« pavens » signifiant « craindre » ou encore « redouter ». Comme le rappel l'excellent article de France Culture un manuscrit de 1650 évoque le Pavin et en son sein « le souffle maudit [des démons qui] soulèvent les tempêtes pendant que les feuilles pendent sans balancer aux branches, et leur haleine attire dans les tourbillons l’imprudent égaré dans le gouffre »




Ces récits de bouillonnements et d’éclairs correspondent-ils à la remontée de gaz dissous dans les sédiments et à leur inflammation spontanée ? Une hypothèse qu'il ne faut pas prendre à la légère. En 1986, au Cameroun, suite sans doute à un glissement de terrain, le lac Nyos a libéré une énorme quantité de CO2 entraînant la mort de plus de 1.700 personnes et de milliers de têtes de bétail. Cette « éruption limnique » a attiré l’intérêt soudain des scientifiques autour du lac auvergnat, qui présente des conditions similaires.

Le plus profond des lacs d’Auvergne a aussi bien des révélations scientifiques à nous offrir ! Car le Pavin, c'est en faite deux lacs superposés ! Ou plus exactement deux masses d'eau qui ne se mélangent jamais, sauf sur quelques mètres. De la surface jusqu’à une soixantaine de mètres de profondeur c'est un lac classique et poissonneux. Puis au delà des 65 mètres, tout change avec des eaux de compositions très différentes et surtout sans oxygène depuis des millénaires !

Dans ces eaux profondes ont une densité en bactéries est dix fois supérieure à la normale avec plus de 10 millions de bactéries par ml d'eau ! Donc malgré la pression et l'absence d'oxygène, la vie existe dans ses eaux noires notamment des archées méthanogènes (c'est-à-dire productrices de méthane), ainsi que d'autres espèces consommatrices de ce même gaz. Certaines archées d'ailleurs parviendraient à oxyder une partie du méthane qu'elles produisent pour le consommer. Un milieu que ne manque pas d'étudier les scientifiques à la recherche des origines de la vie sur Terre ou de nouveaux remèdes.
Les chercheurs en géochimie, microbiologie, sédimentologie, paléolimnogie, histoire et autres discipline ont fait le point dans Lake Pavin un ouvrage de 450 pages en anglais reprenant plus de de 1.800 références scientifiques ou mythologiques.!

Une autre légende est reprise par les brochures touristiques. Ce lac serait né de la colère divine face aux mœurs légères des femmes de l'ancienne ville de Besse : Dieu aurait noyé la cité sous des eaux diluviennes afin de punir ses habitantes. Le clocher de l'ancien village englouti serait même visible par temps ensoleillé…

Un légende qui pourrait elle aussi faire référence à des phénomènes naturels rares mais bien réels ! Ainsi des études sédimentaires, des suivis acoustiques et diverses approches pluridisciplinaires ont aussi permis de comprendre que ce lac a connu des changements pouvant être associés à des vagues d’eau violentes ayant entraînées des coulées de boue. 

Les légendes de ville engloutie (1880-1900), ou celle du dragon assourdissant qui a tout détruit (vers 1632), sont peut-être liées à des glissements de berges ou débordements expliqués (travaux de Lavina, Del Rosso, Chapron…). Une théorie battue en brèche par leurs détracteurs du laboratoire Magmas et Volcans ou par certains historiens pour qui la cité était particulièrement prospère au Moyen-âge, ce qui semble peu compatible avec une telle catastrophe.


Les eaux noires du lac Pavin, Auvergne, France 2019

Les eaux noires du lac Pavin, Auvergne, France 2019

Les eaux noires du lac Pavin, Auvergne, France 2019

mardi, septembre 03, 2019

[SPOT] L'eau file dans les cascades de Chiloza

Greg CLOUZEAU
De passage cet été à Besse (63) et cherchant parfois l'ombre des forêts, c'est au bord du torrent de la Couze Pavin qui descend du célèbre Lac Pavin que j'ai trouvé refuge dans un spot qui séduira n'importe quel photographe amateur d'eau et d'arbres. Un vrai coup de cœur qui nécessiterai des heures de prises de vue à chaque saison pour saisir toutes les nuances des nombreuses cascades qui s'étalent sur plus d'un kilomètre. Un vrai paradis pour amateur de poses longues.



Les cascades de Chiloza, Besse, France avaient peu d'eau à l'été 2019
Les cascades de Chiloza, Besse, France avaient peu d'eau à l'été 2019




Ce spot ce sont les cascades de Chiloza qui comptent parmi les 400 cascades d'Auvergne.

Ici, les "oules", ces marmites géantes creusées dans la lave jalonnent le lit de la rivière qui se transforme en gorges chaotiques et étroites dans un paysage typique de montagne. Conifères sur les pentes sud, hêtres noueux en face nord, la forêt nous domine. En été, elle se reflète dans les eux noires qui se teinte alors d'émeraude. Un sentier longe ces cascades qui, sans être hautes sont en nombre important et donne un charme fou, presque magique, à ce site pourtant situé à quelques mètres de la station d'épuration !

Les cascades de Chiloza, Besse, France avaient peu d'eau à l'été 2019
Les cascades de Chiloza, Besse, France avaient peu d'eau à l'été 2019



Les nombreux lacets du torrent bordés par les scories, ces pierres noires volcaniques, ont permis à l'eau de creuser un ensemble merveilleux qui éveille l’imagination. L’omniprésence du bruit de l’eau des chutes associé aux chants des oiseaux fortement présents dans ce milieu boisé confère au site un attrait supplémentaire hélas parfois gâché par les détritus abandonnés dans les coins et recoins qui bordent le sentier. L’ensoleillement est maximal le matin. N'étant pas venu là pour faire des photographies mais pour randonner et n'ayant pas de pied-photo, j'ai quand même fait quelques images  et vous livre ici quelques essais de filés à main levée…








L'occasion aussi pour moi de jouer avec mon zoom et de tester quelques "zoomming"







Le sentier balisé, sans être difficile, est bien qu'il soit très aménagé, appelle à la prudence notamment lorsqu'il surplombe les plus hautes gorges où une glissade serait dangereuse… Ici, mieux vaut prendre des chaussures de randonnée (oubliez les tong et autres chaussures à semelles plates et lisses)
Pour les photographes pressés, il existe un accès directe depuis la déchèterie qui permettra d'apporter tous le matériel nécessaire sans problème.















En montant à Besse depuis la route d'Issoire, avant le panneau indiquant le début de l'agglomération, se trouve à droite une petite route qui donne accès à une aire de pique-nique et un terrain de sport, et permet de se garer. L'accès classique se fait donc au départ de la D5 en stationnant près du hangar sur la petite route à droite après l'entrée du camping. Parcours assez facile de 4,8 km (1h45). Le chemin est fléché et il suffit de suivre le balisage marqué d'un rond jaune. Après avoir traversé la route, longé la station d'épuration et la déchetterie, nous suivons la rive gauche de la Couze Pavin. Pour avoir les cascades de face, mieux vaut suivre la boucle en remontant la rivière en suivant ce parcours

vendredi, juillet 26, 2019

Histoires d'eau

Greg CLOUZEAU
Profitant d'un super week-end entre cousins, cousines, oncles et tantes, j'ai retrouvé quelques chemins de l'enfance au bord d'un étang (très agréable par ces fortes chaleurs) qui ont réveillé en moi de nombreux souvenirs. des souvenirs parfois flous et fugaces, des impressions. L'occasion pour moi de vous conter en images quelques histoires d'eau car la photographie c'est aussi un art ! Celui de se laisser guider par les lignes, par la lumière et l'imagination.
















Et puis parfois ces impressions vous font voyager jusqu'en des pays imaginaires...