[NATURE] C'est quoi une Odonate ?

Au cours d'une balade sur les berges du Loing, aux plus fortes chaleurs de l'été 2013, photographiant quelques "libellules" bleues, je tombe sur ce spécimen d'Odonate (voir Wikipédia) qui semble bien plus coopératif. Son immobilité m'intrigue. Morte ?

Et bien non, tout juste née cette libellule qui se sèche les ailles au soleil après sa mue visible quelques centimètres en dessous... !


Libellule après sa mue, Loing, (C) Greg CLOUZEAU 2013
Libellule après sa mue, Loing, (C) Greg CLOUZEAU 2013

Si mes sorties natures sont souvent l’occasion de photographier de petites bĂ©bĂªtes pour le plaisir des yeux, je n’aime pas rester sans savoir leur petit nom et franchement, dans le monde des insectes, c’est parfois complexe… J’utilise le tag  « insectes » au sens « populaire », mais mĂªme sans Ăªtre puriste, je ne peux pas l’utiliser  pour prĂ©senter les papillons, araignĂ©es, et autres scarabĂ©es sans plus de prĂ©cision.
Les arthropodes (du grec arthron, «articulation» et podos, «pied») constituent l’embranchement le plus important du règne animal. On en connaĂ®t environ 875 000 espèces que l’on trouve dans tous les milieux, aussi bien sur terre que dans les eaux douces ou salĂ©es. Cet embranchement comporte les insectes mais aussi les crustacĂ©s, les myriapodes et les araignĂ©es.  J’ai toutefois prĂ©fĂ©rĂ© faciliter les choses et prĂ©senter ces petites bĂªtes sous l’appellation un peu fourre-tout  « insectes » dans la catĂ©gorie « faune ».
La classe des insectes proprement dite comporte une trentaine d’ordres (plus ou moins selon la prise en compte de certaines subdivisions), rĂ©partis en deux sous-classes : aptĂ©rygotes et ptĂ©rygotes. Une thĂ©orie rĂ©cente bouleverse pourtant complètement cette classification traditionnelle mais laissons cette querelle aux scientifiques dont je ne suis pas.
Donc, avant de vous livrer mes photos, il me faut chercher l’identification prĂ©cise de la bestiole et franchement si c’est assez simple pour certaines (colĂ©optères, lĂ©pidoptères…) dont l’aspect visuel a peu de variantes, c’est, Ă  mon goĂ»t, plus difficile avec les libellules. En langue française, le terme de libellule est en gĂ©nĂ©ral employĂ© au sens large pour dĂ©signer les odonates, qui regroupent deux sous-ordres : les demoiselles (Zygoptera) et les libellules stricto sensu (Anisoptera). Par ailleurs, c’est dans ce dernier que ce trouve la famille des Libellulidae et on compte plus de 1 000 espèces de libellules appartenant Ă  cette grande famille !
Par exemple, à quelle espèce appartient cet odonate ?
Sympetrum flaveolum, SympĂ©trum jaune d'or mĂ¢le, Ubaye, (C) 2014 Greg Clouzeau
Sympetrum flaveolum, SympĂ©trum jaune d’or mĂ¢le, Ubaye, (C) 2014 Greg Clouzeau
C’est un SympĂ©trum jaune d’or mĂ¢le (Sympetrum flaveolum) malgrĂ© l’appelation. Il se distingue des autres Sympetrum par la prĂ©sence d’une large tache ailaire de couleur jaune paille Ă  orange (aile postĂ©rieure). Le mĂ¢le est rouge/orange vif et la femelle est jaune. Mais on peut le confondre avec S. fonscolombii (mĂªme pour l’extension de la coloration alaire). Il faut donc Ă©tudier diffĂ©rents critères très prĂ©cis pour certifier une espèce. Par exemple Sympetrum. fonscolombii n’a pas cette ligne noire continue sur le flanc de l’abdomen. Les nervures alaires sombres excluent la confusion avec un mĂ¢le atypique de S. fonscolombii dont certains ont beaucoup de jaune sur les ailes. Enfin, le rapport de largeur entre l’anneau antĂ©rieur et l’anneau postĂ©rieur (qui n’est pas le mĂªme dans toutes les espèces) correspond bien Ă  S. flaveolum. Pris sĂ©parĂ©ment, ce n’est pas un critère suffisant du fait de la variabilitĂ© individuelle, mais c’est un critère secondaire utilisable pour, combinĂ© aux autres, dissiper les doutes dans les cas « limites », du moins pour cette espèce par rapport Ă  S. fonscolombii dont l’anneau postĂ©rieur est proportionnellement plus large…
Et celui-lĂ  ? 
Libellula quadrimaculata, Ubaye, (C) 2014 Greg Clouzeau
Libellula quadrimaculata, Ubaye, (C) 2014 Greg Clouzeau
C’est une libellule Ă  quatre taches (mĂ¢le)Libellula quadrimaculata. Elle est ainsi nommĂ©e car elle possède une tache foncĂ©e sur chaque nodus (« quadrimaculata » signifie « quatre petites taches »). Mais dans le cas de ma photo, les tĂ¢ches du milieu des ailes sont invisibles. Il faut donc regarder d’autres critères comme : les ailes postĂ©rieures qui possèdent toujours une tache brune Ă  leur base, la couleur ambrĂ©e sur les quatre ailes vers l’avant… etc.
Pour ce couple de Zygoptères (c’est Ă  dire les « demoiselles, relire plus haut) j’ai longtemps hĂ©sitĂ© entre Leste Dryas et Leste Sponsa.
Lestes dryas, Ubaye, (C) 2014 Greg Clouzeau
Lestes dryas, Ubaye, (C) 2014 Greg Clouzeau
RĂ©ponse des spĂ©cialistes d’insecte.org:
Lestes dryas car :
– les ptĂ©rostigmas sont courts et Ă©pais
– l’abdomen  de la femelle est massif
– la coloration du S2 de la femelle n’est visiblement pas en forme de 2 triangles mais plutĂ´t d’un rectangle.
La zone sans pruine de la partie distale du S2 du mĂ¢le se vĂ©rifie ici, mais c’est un très mauvais critère puisqu’on le trouve aussi pour L. sponsa, mĂªme si la limite des 2 colorations peut faire la diffĂ©rence. La couleur des yeux est aussi vraiment diffĂ©rente de ceux des L. sponsa; un bleu plus foncĂ© pour le mĂ¢le, plus foncĂ© le brun aussi pour la femelle.
L’idĂ©al est de pouvoir observer les appendices anaux du mĂ¢le et la longueur de l’ovipositeur de la femelle (quoique ce dernier point soit, pour moi, sujet Ă  caution).
Bref, dans ce monde grouillant, rien n’est simple et c’est souvent de longues discussion avec des spĂ©cialistes, pas toujours « faciles » Ă  comprendre !
Sur mon blog dĂ©diĂ© Ă  la ForĂªt de Fontainebleau, je reviens rĂ©gulièrement sur mes observations naturalistes des deux sous ordres comme dans ce billet sur les Demoiselles.

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