mardi, mars 19, 2019

Pourquoi je renonce à partager certaines images sur les réseaux sociaux ?

Greg CLOUZEAU

Contrairement à ce que certains peuvent penser, mon dernier billet sur le partage de mes photographies de compétition d’escalade n'est ni une Fake News, ni une sorte de teaser marketing quelconque pour faire du buzz mais bien le fruit d'une réflexion sur la photographie, son public et les réseaux sociaux. Une réflexion partagée avec et par de plus en plus de blogueurs. Pourquoi continuer à taper de longs articles sur mon clavier pour ne parler qu’à une petite poignée d'hypothétiques lecteurs ?!

J'ai un peu plus de 1800 amis virtuels sur Facebook et plus de 800 personnes abonnées à ma page. MERCI. C’est pas beaucoup pour certains mais je n’ai "acheté" aucun d’eux.  Pourtant, je constate que mon dernier post n’a suscité que quelques commentaires et une poignée de likes dont certains sont carrément décalés (rires, applaudissements)… Publier ma série quotidienne d’images faites lors de mes trajets de banlieusard ne me prend que quelques minutes sur mon smartphone chaque matin et sont bien visibles alors que pour mes publications qui renvoient à mon site ou mon blog sur la forêt de Fontainebleau, vous n'êtes souvent, au mieux, que quelques centaines, à prendre la peine de cliquer sur le lien pour aller voir en grand les photographies et lire l’article. 

hier sur Fontainebleaupassion

Hier sur Gregclouzeau.fr

Facebook n°1 du trafic de mes visiteurs

Comme beaucoup de blogueurs, je constate que le taux de conversion d'un de mes posts avec lien vers mon site atteint des records quand 25% de ceux qui l'ont vu ont pris la peine d'aller lire ce que j’ai mis des « plombes » à accoucher… Et 25% c’est déjà un super taux ! Encore Merci ! J’aurai bientôt 47 ans alors je vais peut-être arrêter de perdre mon temps à rédiger des articles dans lesquels je mets toute ma passion et pour lesquels je passe parfois des heures voire des journées en recherches, prises de vues, etc., Et pour quoi ? Vendre moins d'une dizaine de tirages photographiques par an ? Bref, à moins d’être au bord de l’internement, je ne vais pas continuer à essayer de dialoguer avec mon PC. Discuter avec de vraies personnes au cours de rencontres en forêt ou au détour d'une nouvelle exposition photographique c’est quand même beaucoup mieux.

Donc une décision s'imposait face à ce premier constat : arrêter de perdre du temps sur certains sujet ! Premières images sacrifiées sur l'autel de la rentabilité : celles des compétitions d’escalade. Celles-ci n’intéressent visiblement qu'une poignée de gens à commencer par les compétiteurs eux-mêmes, très heureux de partager gratuitement une image auprès de leurs sponsors et fans sans même demander au photographe son autorisation et parfois même sans créditer l’auteur. Elles peuvent aussi intéresser les organisateurs qui sont pour la plupart incapables de payer le juste prix du travail d’un photographe. Par ailleurs, quand je diffuse ce type d'images, que j'ai passé quelques heures à capturer, trier, post-traiter, mettre en ligne, etc. j'ai l'impression de contribuer à la dégradation des conditions de vie des jeunes photographes amassés sur les tapis qui vont essayer de vivre de cette profession. Comme il y a bien longtemps que j'ai arrêté d'essayer de vivre comme photo-journaliste, je leur cède bien volontiers la place et leur souhaite bon courage en leur rappelant qu'il faut arrêter d'accepter de travailler pour des queues de cerises...  Il y a donc aussi de fortes probabilités pour que je fasse de même avec la photographie de concert et autres lives en festival.


Mais ce ne sont pas les seules raison qui me poussent à prendre cette décision radicale.

Deux questions se posent aujourd’hui à tous ceux qui veulent faire la promotion de leurs travaux artistiques.
Comment utiliser les réseaux sociaux pour trouver des acheteurs ?
Notre photographie, notre art, n’est-il pas influencé par ces réseaux sociaux ?

Tous ceux qui animent un blog ou un site internet ont pu constater une baisse du ''reach'' Facebook, c'est à dire de la fréquentation généré par le partage d'un lien vers un article de leur blog sur leur page Facebook. Pourquoi ? Le reach des pages Facebook, ou leur portée organique a pris un grand coup dans la tronche depuis août 2017. La faute aux algorithmes des réseaux sociaux qui masquent énormément ce type de publications des pages pour soit disant mettre en avant les publications de « vos amis », ceux de votre compte personnel qui vous permettait d’être en relation avec des amis de la vraie vie ou membre de la famille parfois très éloigné géographiquement. En effet, le nouvel algorithme de Facedebiche privilégie les contenus postés par les amis proches, ainsi que les contenus multimédias et les stories plutôt que les textes ou liens. Normal puisque les liens vont vous faire sortir de Facebook lorsque vous cliquez pour aller voir le site. Déjà que la portée moyenne dépassait rarement les 7% pour un lien et 10% pour des photos…

Prenons un exemple avec une page de 1500 fans. Quand on poste sur cette même page un statut contenant le lien vers le site seul une centaine de personnes vont le voir dans leur fil d'actualité ! Déjà là, on fait un peu la tronche. Mais c'est pas terminé ! Quel va être le taux de conversion, c'est à dire le nombre de personnes qui vont prendre la peine de cliquer ? 10 % 20 % 30%? Moralité de l’histoire sur 1500 fans, l'audience finale est d'une une quinzaine, voire une vingtaine de clics. Bon. C’est là que je vois que j'ai de la chance, car vous êtes quand même un peu plus nombreux à venir lire mes articles Bleau ou voir mes images 😉 Donc, merci, merci, merci beaucoup !







Du coup, on fait comment pour avoir plus de visibilité, de lecteurs et peut être un ou deux acheteurs d’un tirage d’art en édition limitée d’une de nos images ?

Vous pensez bien que l’ami Mark Zuckerberg a pensé à tout ceux qui ont besoin d'une plus grande visibilité sur son réseaux ! Il leur suffit de payer !!!
La start-up Locowise spécialisée dans les statistiques des réseaux pour les marques et les agences a réalisé une belle enquête sur le sujet auprès de 5000 pages Facebook. D’après celle-ci environ 43 % des pages Facebook analysées ont recours aux désormais célèbres pubs Facebook et autres publications sponsorisées. Des achats en croissance de plus de 50% en un an ! On comprend mieux pourquoi tous les 3 ou 4 statuts, se glisse une publicité déguisée et ciblée sur le type de contenu que vous likez le plus… Du coup on comprend aussi aisément pourquoi le réseau social a changé la stratégie de son algorithme de diffusion des publications. Plus la portée organique des pages Facebook baisse, plus les marques et les entreprises ont tendance à recourir aux publicités pour être visible et au passage, enrichissent Facebook.


De mon côté pas question de payer pour mettre en avant mes publications. Je n'ai jamais acheté de likes ou fait de pub et c'est pas maintenant que je vais commencer à mettre le doigt dans cette spirale infernale. D’ailleurs, payer pour être plus visible de qui ? Payer doit avoir un sens. Si c’est pour être visible de gens qui devraient déjà voir vos publications, c’est limite de l’arnaque et si c’est pour avoir plein de likes d’origines douteuses ou basés à l’autre bout de la planète, je n’en vois pas l’intérêt. De toutes manières, je n’ai pas les moyens de le faire. Alors que faire ?

Certains spécialistes conseillent de cibler de manière encore plus précise ses publications en fonction des statistiques de fréquentation de sa page. En gros publier pour celles et ceux qui aiment déjà votre contenu. Vous avez beaucoup de likes sur une photographie de coucher de soleil ? Publiez en d’autres ! Vos confrères et consœurs obtiennent plein de likes avec tel ou tel type d’image. Faites en autant !

Et la créativité dans tout ça ?


Une interrogation que nous sommes de plus en plus nombreux à partager.

En octobre 2018, le magazine Phototrend s’était penché sur la relation qu’entretiennent les photographes avec les réseaux sociaux et notamment de quelle manière Instagram peut influencer le choix des images postées par les photographes dans ce très intéressant article.  Dans un récent post de son blog, intitulé Ghosted, Nick Fancher, photographe américain, a longuement expliqué pourquoi il a tout simplement décidé de supprimer tous ses comptes sur les réseaux sociaux et de devenir un fantôme sur la toile. Des propos particulièrement inspirants qu’il a aussi partagé avec une autre photographe, Sara Lando, dans un podcast et que Phototrend a aussi diffusé et dont est extrait le texte ci-dessous :

« Dans une conversation avec, la photographe italienne, avait montré à quel point les réseaux sociaux amènent les créateurs à devenir inauthentiques. Ou du moins, qu’ils nous conduisent à rester dans la ligne de notre « marque », sous peine de perdre immédiatement des abonnés. Ainsi, les réseaux sociaux tendent à modifier fondamentalement la manière dont nous créons. Au fil du temps, déclare Sara, les réseaux sociaux nous amènent à créer des photos et à poster en fonction de ce qui plaira à l’algorithme. Si une publication récolte beaucoup de likes et que les abonnés réagissent favorablement à un type de photo ou de technique, cela nous pousse à reproduire ce même type de contenu. Par exemple, si je publie une image avec beaucoup de rouge, ou avec un temps d’exposition assez long, ces images vont obtenir 2 à 3 fois plus de likes que mes autres publications. Au fil du temps (répétition), cela m’a poussé à poster plus de photos avec du rouge ou un flou de mouvement, mais aussi à shooter plus de photos de ce style. Mon art devenait ainsi une sorte de caricature de lui-même.

 Le facteur humain entre également en considération. A titre personnel, j’ai tendance à sur-analyser toutes les données fournies par les réseaux sociaux. Je cherchais donc à décrypter les likes, les personnes qui me suivent et ne me suivent plus… et à en tirer des conclusions à partir d’éléments somme toute très parcellaires. Et ceci venait affecter profondément mes relations avec les personnes de la vie réelle. Et ça puait, pour dire les choses simplement. Je pense que les humains ne sont pas faits pour entretenir des relations avec des milliers de personnes. Au-delà d’un cercle réduit de personnes qui nous sont proches, nos interactions deviennent plus superficielles. Pourtant, je continuais à faire en sorte que mes réseaux sociaux fonctionnent, à ne pas froisser qui que ce soit, à me montrer amical avec toutes les personnes avec qui j’entrais en interaction. Mais à la fin, cela finissait par relever de l’impossible.

Pendant des années, j’ai considéré les réseaux comme un mal nécessaire. J’ai investi des milliers d’heures (et autant de dollars) pour définir et promouvoir ma « marque ». Faire marcher une petite entreprise, c’est déjà beaucoup de travail, même sans prendre en compte tous les efforts pour s’adapter aux règles des réseaux sociaux qui sont en constante évolution. Je pesais constamment le pour et le contre, en me demandant si mon entreprise pourrait survivre sans être présente sur les réseaux sociaux. […] Nous avions également discuté de la phrase philosophique suivante : « si un arbre tombe au cœur d’une forêt et que personne n’est là pour l’entendre, fait-il un bruit en tombant ? ». Du point de vue de la création artistique, si je crée quelque chose de magnifique – quelque chose dont je suis immensément fier – ai-je besoin de le partager sur les réseaux sociaux ? Ai-je besoin de l’approbation des autres personnes ? L’acte de créer peut-il se suffire à lui-même ? Puis-je garder la beauté juste pour moi-même ? Même si je n’ai pas de réponses à ces questions pour le moment, j’ai décidé de tenter de les découvrir par moi-même.
Nick »






Je ne serai sans doute pas aussi radical... pour le moment. Mais il est vrai que je veux pouvoir mettre en avant mes images plus créatives, plus artistiques, plus personnelles sans pour autant me soucier de visibilité, de statistiques, de succès. J'avais commencé il y a quelques années des séries sur les bords de Seine. Je poursuis ici avec quelques images et vous invite, encore une fois, à jeter un œil à ces séries sur mes voyages dans un temps relatif ou mes mondes parallèles, mes distorsions mises en Seine, etc. J'espère qu'elles vous plairont autant qu'à moi.